Les gens croient peut-être que je suis indestructible ou immortel, va savoir – que tout passe, tout glisse, que je m'en tire toujours avec une bonne vanne et un petit sourire. Shiny Happy Me. Que rien ne pèse, rien ne soucie, rien ne ronge, lisse comme le cul d'un cochon de lait. Ça fait combien de temps que je n'ai pas entendu un vrai “ça va ?”, “tu tiens le coup ?”, “t'as besoin d'aide ?” ? Je vous aurais répondu “non”, “non”, “oui”, mais puisque tout le monde s'en fout, je vanne et je souris. Pourtant, j'en ai fait des appels du pied, mais vous avez dû mettre des moufles à vos pieds sous vos moonboots.
Même quand je raconte, ça vire à la sitcom. Il t'a filmé ! hahahaha ! Il a piraté ton téléphone ! hahahaha ! Il t'a trainé dans la boue pendant 10 ans ! hahahaha ! Elle t'a dit que tu n'étais qu'une merde ! hahahaha ! Allez, vas-y, raconte encore !
C'est comme ça. Je paye peut-être cette légérète de façade et cet humour qui se voulait pudeur (même pas toujours hilarant, l'humour, t'as qu'à voir). Ou peut-être l'indifférence égocentrée des CSP+ qui m'entourent. La vie est une pute. Finie, la pudeur. Allez vous faire cuire le cul. Je ne suis pas immortel, je ne souhaite même pas le devenir. Mais j'aurai suffisamment de temps et de mémoire pour ne pas me préoccuper de votre prochaine crise hémorroïdaire. Fanculo (et si possible, pendant la crise).
Si mon amertume est aussi fondée, voire plus, que l’étaient mes égards, j'aurais quand même la délicatesse de regretter ce message, moi. Grosse fatigue. Pardon. Enfin non, désolé. Je ne suis peut-être qu'une merde, finalement. Fanculo, quand même. Je déborde.
Encore une semaine… une autre semaine faite de sentiments mêlés et de contradictions.
J'ai trop bu, j'ai trop fumé. C'est un cercle vicieux. Si l'alcool dénoue ce qui me tord le ventre, il donne suffisamment d'idées sombres à mon esprit qui noueront mon estomac quand ses effets seront passés. Il ne faut cependant pas balayer cet expédient d'un revers de main, mais l'utiliser plus judicieusement en fonction des douleurs qu'on est capable d'endurer dans l'instant présent.
Je suis plombé par une extrême lassitude, une grosse fatigue et un désemparement qui m'empêche d'y voir clair. J'oscille indéfiniment entre l'espoir et le désespoir ; je tourne la page et je la relis à nouveau, dans un mouvement sans fin.
Les nuits sont censées vous reposer des tracas du jour, pas de vous y enfoncer.
Tout ce que j’ai dit, je l’ai pensé. Même si de prime abord, on pourrait croire que deux assertions sont contradictoires, il faut écouter ce que les mots taisent. On peut embrasser une chose et son contraire. On peut vouloir être là et vouloir oublier ; on peut se battre pour repousser la haine et juger négativement une situation génératrice de haine ; on peut aimer et détester : ça s'appelle le dépit. On peut aussi choisir délibérément d'ouvrir son coeur et son esprit et d'y laisser passer la vie, dans toute sa complexité et dans toutes ses contradictions.
Rester soi-même. Être à la ville comme à la scène. Ne pas séparer l’homme de l’artiste. Assumer ses forces et ses faiblesses. Accepter epitectement ce qui advient, mais y mettre suffisamment d’énergie pour qu’il advienne le meilleur. Travailler sur soi et pour les autres, pas tous les autres, hein, on laissera négligemment les cons de côté. Ne pas craindre l’échec. Trébucher sans même s’imposer d’avoir à se relever. Vivre aussi longtemps que possible. Sourire envers et contre tous – et tout contre quelques-uns. Être là quand il le faut et disparaître si nécessaire. S’accepter sans complaisance. S’aimer modérément mais avec juste loyauté. Profiter des temps forts et résister aux temps faibles. Ne jamais retenir un « vaffanculo » opportun.